Maison et gîte fermier, au pied levé, Magog

L’émergence de productions agricoles alternatives, souvent en lien avec les tendances aux produits du terroir, sera peut-être l’une des planches de salut de la création d’un nouveau patrimoine rural bâti. Le projet tient à valoriser l’image d’un monde agricole en cohérence avec son environnement, innovant et ouvert sur l’extérieur. Ce contexte offre ainsi ce double visage de la ruralité, lieu de permanence et de particularisme locaux mais aussi lieu d’expérimentations. La conception de la maison se nourrit d’un site dont les spécificités locales constituent une «matière à projets» qui appelle également à d’autres référents. Il s’agit alors de s’inscrire dans une dynamique à la fois de continuité et d’invention par rapport au contexte. Lieu de l’instant, de la durée, de l’enracinement dans le construit, la maison doit surtout donner à voir l’attachement que les propriétaires ont de leur lieu de vie.

«L’utopie aujourd’hui, c’est retrouver le sens du local» Françoise Choay

L’objet n’est pas ici de promouvoir une conception de la maison exclusivement axée sur l’espace rural, mais plutôt de l’appréhender comme faisant parti d’un ensemble de spécificités locales. La ferme aux bâtiments dispersés est sans contredit la forme d’établissement la plus répandue en sol québécois et, par le fait même, sur l’ensemble du territoire. Ce type d’aménagement, qui se caractérise par l’éparpillement des dépendances et des bâtiments agricoles à proximité de la résidence, laissant la cour accessible, se décline sous diverses formes plus ou moins éclatées, selon le nombre de bâtiments agricoles présents sur le site.

Le parti porte sur des volumes simples, à l’image des typologies rurales. Ils répondent aux volumes existants, tout en articulant les différents espaces du programme entre eux. Ainsi deux volumes à toiture à deux pans sont posés sur un socle commun. Le choix de l’implantation en «U» permet à la fois de créer une cour, d’apporter une protection aux vents et aux intempéries, et de délimiter une séparation entre le gîte- habitation et la ferme. L’espace intérieur crée des «paliers d’intimité», et module — par l’imbrication du socle et des deux volumes à l’étage— proximités et distances, ouvertures et fermetures, partages et retraites.

«L’architecture est le jeu, savant, correct et magnifique des volumes sous la lumière» Charles-Édouard Jeanneret dit «Le Corbusier»

L’aspect formel s’inspire de la grange caractérisée par ses nombreuses ouvertures et sa volumétrie élancée dont la toiture est généralement plus aiguë. Ces mêmes ouvertures, par leur dimension et leur emplacement en façades, facilitent l’identification des fonctions pour chacune des parties du bâtiment. Pour finir, notre structure est surmontée d’une toiture à pignon sans larmier typiquement caractéristique des plus anciennes granges au Québec, ce type de bâtiment est généralement composé de planches verticales qui dépassent légèrement des murs gouttereaux, réduisant par le fait même le larmier à sa plus simple expression.

«Un seul matériau offre déjà des milliers de possibilités [...] Prenez une pierre, vous pouvez la scier, la poncer, la percer, la fendre et la polir, elle aura toujours un aspect différent» Peter Zumthor architecte

Nous avons choisi le bois de pruche pour l’enveloppe de la maison, fréquemment utilisé dans la construction des granges où il est alors laissé naturel ou bien peint. Souhaitant réinterpréter la mise en œuvre de ce matériau, tout en s’intégrant au paysage rural, notre recherche de précédents architecturaux, nous a amené à nous intéresser à la technique du bois brûlé. Cette technique naturelle utilisée depuis des siècles reprend des traditions rurales du Japon et de l’Europe, afin de rendre le bois plus résistant à l’eau, à la moisissure et au feu. Elle a aussi la qualité  d’introduire des variations de textures et une finesse de nuances passant du noir charbon au gris ou bien encore au bleu irisé suivant la lumière.

Informations :

Type : Gîte et résidence unifamiliale
Localisation : Magog, QC
Phase | année : Complété | 2015

Architectes : Patrick Morand architecte et Atelier Barda
Chargé de projet : Patrick Morand architecte
Collaborateur : Anthony Montreuil

Construction : Groupe Pellam batisseurs et Construction Daniel Ostiguy

Publications :