J'cours les concours*

C'est bien connu, certaines commandes pour les architectes sont attribuées par voie de concours. Peu utilisée au Québec, cette formule a cours depuis longtemps dans de nombreux autres pays, et en particulier chez nos cousins français. Prenant la parole lors de la remise des Prix d’excellence en architecture le 21 novembre dernier, la présidente du jury, l’architecte française Manuelle Gautrand, a lancé quelques pointes à l’endroit des donneurs d’ouvrage publics québécois. Selon elle, le Québec compte plusieurs bureaux d’architecture de grande qualité, et les pouvoirs publics devraient leur faire davantage confiance.

« Il faut qu’une vraie commande publique se mette en place et devienne plus généreuse, sache prendre un peu plus de risques et ait envie d’architecture. » Mme Gautrand n’a pu s’empêcher de rappeler qu’en France en particulier, tous les projets publics passent par un concours d’architecture. Or au Québec, croit-elle, « l’élu se sent moins la responsabilité de marquer sa ville avec des architectures remarquables et il se sent moins le devoir de travailler sur la notion de qualité architecturale. » 

Comme l'indique Mme Lefranc dans un texte sur le site de l'Ordre des architectes du Québec [OAQ], faisant le bilan de la dernière année à ce sujet : Le concours d’architecture est une formule prônée par l’OAQ, car elle permet, lorsqu’elle est bien préparée et bien menée, de choisir le meilleur concept en fonction des besoins et du budget. La plupart du temps, elle s’applique à des installations culturelles puisque les projets subventionnés par le ministère de la Culture et des Communications (MCC) doivent y être soumis dès que le budget de construction dépasse cinq millions de dollars. Les municipalités ou leurs organismes culturels se voient donc souvent imposer cette formule même s’ils n’en ont pas l’habitude. Cela ne veut pas dire qu’ils n’en apprécient pas le processus et le résultat.

Nous étions ravis de constater que certaines récriminations de la part de la relève, dont nous faisons partie à propos de la difficulté, voire de l'impossibilité de participer aux concours d'architecture au Québec soit en tout cas entendues par l'OAQ, même si le processus tend, selon nous, vers la réduction des possibilités offertes aux jeunes firmes et que la réalité est beaucoup plus complexe qu'on pourrait le croire.

« Que ce soit ici ou ailleurs dans le monde, des architectes ont pu se faire connaître grâce aux concours, ayant été évalués en fonction de leur seule créativité et non de leur âge, de leur réputation ou de leur expérience. Or, au Québec, tous les concours d’architecture incluent désormais une première étape d’évaluation des candidatures (sur dossier) qui ne demande généralement pas d’approche conceptuelle. Pour se qualifier, il faut plutôt prouver que l’on est architecte depuis 10 ans, que l’on a déjà réalisé un certain nombre de projets de même envergure et de même type, que l’on dispose de partenaires solides tout aussi expérimentés dans leur domaine, alouette ! Résultat : pour satisfaire aux exigences, les jeunes firmes sont contraintes de s’allier en consortium avec des bureaux chevronnés, ce qui dilue leur visibilité. »

Rien ne nous empêche cependant de participer à des concours d'architecture à l'étranger, où le processus est plus ouvert et inclusif. Au lancement du concours pour la salle de spectacle de Mont-Laurier, auquel nous voulions poser notre candidature, les demandes du promoteur (expérience, équipe, projets similaires...) orientées par le conseiller professionnel nous prouvaient l'évidence qu'une candidature de notre part était un coup d'épée dans l'eau. Pourtant au même moment, nous participions librement au concours de la bibliothèque centrale de Helsinki en Finlande, dont le budget était dix fois plus élevé. Nous avions la possibilité de remporter le concours, malgré les 544 projets soumis! La compétition y était forte et impressionnante certes, mais nous avions tout de même une chance.

Parlant de compétition, saviez vous que le concours pour le musée Guggenheim de Helsinki a battu le record du nombre propositions pour un seul concours d'architecture... 1715 projets y ont été soumis!

« The submissions represent the largest number of entries recorded for a competition of this kind, surpassing the 2002 competition for the Grand Egyptian Museum, which received 1,557 entries, and the largest architectural competition in Helsinki, for the Helsinki Central Library, which attracted 544 entries in 2012. said the Solomon R Guggenheim Foundation. »

* « J'cours les concours », Paroles extraites de « Miss Pepsi » de Robert Charlebois.

À lire : Concours d'architecture - Bilan de saison, Hélène Lefranc.
À lire : L'architecture québécoise vue par la présidente du jury des Prix d'excellence

 

Deux images tirées de notre proposition pour le concours de la bibliothèque centrale de Helsinki en Finlande, projet de Patrick Morand architecte et Fabien Lasserre architecte.

Deux images tirées de notre proposition pour le concours de la bibliothèque centrale de Helsinki en Finlande, projet de Patrick Morand architecte et Fabien Lasserre architecte.

Source: https://www.oaq.com/esquisses/certificatio...